Mise à jour le : 17 Novembre 2008
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Revue Exclusif, n° 0, juin 2000, p : 4
Chom’Actif

La Comédie de l’insertion

Et si tout commençait par une bataille fondamentale pour l’égalité ?

     L’autre Roland Dumas (« Je sais, pour prévenir une blague un peu trop souvent entendu, l’homonymie n’est pas facile à porter mais j’ai le même patronyme depuis 56 ans et c’est pas aujourd’hui que je vais le changer ! » est (encore ?) en colère ! Le président de Chom’actif, la branche clermontoise du MNCP (Mouvement National des Chômeurs et des Précaires), peste contre les mots et ce qu’ils cachent : « L’acteur est celui qui agit mais c’est aussi celui qui joue la comédie. J’ai l’impression que l’on construit un théâtre dans lequel la personne qui est en insertion joue le rôle de la personne qui s’insère ! ».
     La comédie ? Elle commence par les « mensonges d’Etat » concernant, par exemple, la diminution du chômage. Chiffres à l’appui, Roland Dumas rejette le calcul « faussé » toujours mis en avant et s’accommodant un peu trop facilement des différentes catégories de demandeurs d’emplois : « Si j’accepte l’idée – que l’on retrouve dans le PDI – qu’un contrat de six mois à vingt heures par semaine, c’est être sorti du chômage, alors le gouvernement a raison. Si l’on considère que quitter la catégorie I de l’ANPE parce qu’on a accepté un emploi de 20 heures pour trois mois, ce n’est pas être sorti du chômage, c’est la que le mensonge apparaît … ». Au passage, il dénonce, effaré, l’augmentation « faramineuse » des radiations administratives : « 60 000 personnes en 1997, 185 000 en 1999 ! ».

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Nausée

     La comédie passe encore par la pression permanente exercer sur les personnes en précarité, auxquelles on veut faire porter la responsabilité de leur situation. Les associations de chômeurs, estime Roland Dumas, contribuent heureusement à casser cette image et mettent en évidence une certaine détresse trop souvent ignorée. « Et puis il y a le discours ambiant, qui se flatte de la croissance et de la baisse du chômage, et impose, MEDEF en tête, des contrats de retour à l’emploi aux allures de menace : “vous acceptez sans discuter ce que l’on vous propose, sinon on vous coupe vos indemnités” ! »
     Chom’actif entend avant tout mettre en évidence comment la montée du chômage a permis de « nier aux salariés le droit d’expression de leur souffrance au travail. Ceux qui restent doivent bosser dur – ils devraient avoir honte de faire grève pour maintenir leurs privilèges alors que tant de gens n’ont pas de travail ! Il faut sortir de ce piège pour rétablir la solidarité entre actifs et chômeurs … ».
     Roland Dumas se reconnaît ainsi dans l’idée que travailler ne veut pas dire sortir de la précarité. Il relève, dans le PDI, la diminution du nombre d’emplois durables (38%) au profit des emplois temporaires (61,3%). « Ce n’est pas le Conseil général qui est responsable mais les gouvernements, qui ont favorisé depuis 1980 le temps partiel, sans garde-fous pour limiter le travail dans la semaine, voire dans la journée. Ainsi s’entretiennent des illusions qui donnent la nausée aux associations d’insertion, contraintes d’encourager les personnes en difficulté à accepter des CES alors que l’on sait qu’ils ne constitueront pas le tremplin escompté. Mais l’Etat se décharge sur ses élus locaux, qui se déchargent eux-mêmes sur les associations et les travailleurs sociaux … »

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La faute à qui ?

     Roland Dumas s’insurge, encore, pêle-mêle et exemples à l’appui, contre le faux cumul du RMI et du CES, contre les projets mis en place et qui, par manque de cohésion et de bon sens, n’aboutiront jamais, contre ces problèmes que l’on semble découvrir (comme, dans le PDI de cette année, la garde des enfants des personnes isolées), contre ces dispositifs qui ne verront jamais le jour …
     « Il convient de prendre du recul pour constater qu’au début des années 80, la part de la richesse nationale pour les salariés était de 74%. Elle est aujourd’hui de 66%. C’est une perte de huit points au profit des actionnaires, qui exigent des retours d’investissement de l’ordre de 15%. Il faut bien trouver cet argent là quelque part, et cela explique l’explosion des inégalités sociales depuis vingt ans. Dix pour cent des français possèdent aujourd’hui les deux tiers des richesses du pays ! ».
Alors ?
     « Il faut se battre. S’informer pour refuser les mensonges. Investir son rôle de citoyen. Il y a une bataille fondamentale à mener pour l’égalité … ».

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