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Revue
Exclusif, n° 0, juin 2000, p : 4
Chom’Actif
La
Comédie de l’insertion
Et
si tout commençait par une bataille fondamentale pour l’égalité
?
L’autre
Roland Dumas (« Je sais, pour prévenir une blague un
peu trop souvent entendu, l’homonymie n’est pas facile
à porter mais j’ai le même patronyme depuis 56
ans et c’est pas aujourd’hui que je vais le changer
! » est (encore ?) en colère ! Le président
de Chom’actif, la branche clermontoise du MNCP (Mouvement
National des Chômeurs et des Précaires), peste contre
les mots et ce qu’ils cachent : « L’acteur est
celui qui agit mais c’est aussi celui qui joue la comédie.
J’ai l’impression que l’on construit un théâtre
dans lequel la personne qui est en insertion joue le rôle
de la personne qui s’insère ! ».
La comédie ? Elle commence
par les « mensonges d’Etat » concernant, par exemple,
la diminution du chômage. Chiffres à l’appui,
Roland Dumas rejette le calcul « faussé » toujours
mis en avant et s’accommodant un peu trop facilement des différentes
catégories de demandeurs d’emplois : « Si j’accepte
l’idée – que l’on retrouve dans le PDI
– qu’un contrat de six mois à vingt heures par
semaine, c’est être sorti du chômage, alors le
gouvernement a raison. Si l’on considère que quitter
la catégorie I de l’ANPE parce qu’on a accepté
un emploi de 20 heures pour trois mois, ce n’est pas être
sorti du chômage, c’est la que le mensonge apparaît
… ». Au passage, il dénonce, effaré, l’augmentation
« faramineuse » des radiations administratives : «
60 000 personnes en 1997, 185 000 en 1999 ! ».
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Nausée
La
comédie passe encore par la pression permanente exercer sur
les personnes en précarité, auxquelles on veut faire
porter la responsabilité de leur situation. Les associations
de chômeurs, estime Roland Dumas, contribuent heureusement
à casser cette image et mettent en évidence une certaine
détresse trop souvent ignorée. « Et puis il
y a le discours ambiant, qui se flatte de la croissance et de la
baisse du chômage, et impose, MEDEF en tête, des contrats
de retour à l’emploi aux allures de menace : “vous
acceptez sans discuter ce que l’on vous propose, sinon on
vous coupe vos indemnités” ! »
Chom’actif entend avant tout
mettre en évidence comment la montée du chômage
a permis de « nier aux salariés le droit d’expression
de leur souffrance au travail. Ceux qui restent doivent bosser dur
– ils devraient avoir honte de faire grève pour maintenir
leurs privilèges alors que tant de gens n’ont pas de
travail ! Il faut sortir de ce piège pour rétablir
la solidarité entre actifs et chômeurs … ».
Roland Dumas se reconnaît ainsi
dans l’idée que travailler ne veut pas dire sortir
de la précarité. Il relève, dans le PDI, la
diminution du nombre d’emplois durables (38%) au profit des
emplois temporaires (61,3%). « Ce n’est pas le Conseil
général qui est responsable mais les gouvernements,
qui ont favorisé depuis 1980 le temps partiel, sans garde-fous
pour limiter le travail dans la semaine, voire dans la journée.
Ainsi s’entretiennent des illusions qui donnent la nausée
aux associations d’insertion, contraintes d’encourager
les personnes en difficulté à accepter des CES alors
que l’on sait qu’ils ne constitueront pas le tremplin
escompté. Mais l’Etat se décharge sur ses élus
locaux, qui se déchargent eux-mêmes sur les associations
et les travailleurs sociaux … »
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La
faute à qui ?
Roland
Dumas s’insurge, encore, pêle-mêle et exemples
à l’appui, contre le faux cumul du RMI et du CES, contre
les projets mis en place et qui, par manque de cohésion et
de bon sens, n’aboutiront jamais, contre ces problèmes
que l’on semble découvrir (comme, dans le PDI de cette
année, la garde des enfants des personnes isolées),
contre ces dispositifs qui ne verront jamais le jour …
« Il convient de prendre du
recul pour constater qu’au début des années
80, la part de la richesse nationale pour les salariés était
de 74%. Elle est aujourd’hui de 66%. C’est une perte
de huit points au profit des actionnaires, qui exigent des retours
d’investissement de l’ordre de 15%. Il faut bien trouver
cet argent là quelque part, et cela explique l’explosion
des inégalités sociales depuis vingt ans. Dix pour
cent des français possèdent aujourd’hui les
deux tiers des richesses du pays ! ».
Alors ?
« Il faut se battre. S’informer
pour refuser les mensonges. Investir son rôle de citoyen.
Il y a une bataille fondamentale à mener pour l’égalité
… ».
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