Mise à jour le : 06 Février 2012
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L'AFRIQUE NOIRE ET LE DEVELOPPEMENT

Interview du docteur Basile Adjou Mounouni.
Ancien Expert à l'OMS (médecin) et professeur d'Université.
Elu (mais non institué) Président de la République en mai 1968.

Une société sans état
L'Afrique et la politique
Le lien entre la politique et l'économie
Les besoins prioritaires des plus pauvres
Trois grandes priorités
Une nouvelle méthode d'enseignement
La société civile à l' origine d'un véritable changement

3. LE LIEN ENTRE LA POLITIQUE ET L'ECONOMIE

Vincent Fuchs : Sur le plan économique, le Gouvernement et le Bénin sont l'objet de Plans d'Ajustement Structurel (P.A.S) du F.M.I. Si la situation budgétaire semble s'améliorer, la situation sociale apparaît catastrophique et votre pays s'appauvrit ?


B. Adjou Moumouni : C'est une affaire complexe. Il y a en effet les chasses gardées des entreprises françaises, la Banque Mondiale et le F.M.I qui imposent leurs conditions à nos pays.
D'un côté, il y a la " mondialisation ", dont la France est aujourd'hui le chantre, et chez nous un appauvrissement général. Seulement en France, en Allemagne, le patronat est en mesure de développer son industrie et d'être compétitif. Nous, nous n'avons pas d'industrie, ni les moyens de nous défendre. On s'endette et on s'appauvrit. On nous a enlevé nos matières premières (encore aujourd'hui) et nous continuons à nous appauvrir.

Quelque chose me déroute, c'est le lien entre la politique et l'économie. Nous ne sommes que des répétiteurs, on croit travailler mais on ne gouverne pas. Aucun dirigeant ne se sent capable de générer des idées nouvelles qui nous permettraient, avec le peu qu'il y a, de prendre une nouvelle route avec le minimum de bien être.

Non. Il y a une idéologie économique libérale. Nos politiciens sont restés des élèves. Ils ne peuvent aller dans une direction avec certitude, car ils ne maîtrisent pas les conséquences de leurs actes. Quand Soglo est venu au pouvoir, le peuple était par terre, or il était économiste, il avait été ministre et étudié les problèmes de rentrées fiscales, de redistribution et d'infrastructures pour mieux fonctionner. Et il n'a rien fait.

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Vincent Fuchs : Selon vous, qu'aurait-il pu faire ?

B. Adjou Moumouni : Il aurait du dire : je viens de prendre le pouvoir, c'est le chaos à cause de KereKou (militaire, sous officier, venu au pouvoir par un coup d'état en 1972 jusqu'à une élection démocratique de 1991, et réélu président en 1996, qui a conduit pendant 20 ans une pseudo politique marxiste-léniniste, NDLR). Nous sommes en faillite, alors reprenons les choses et établissons des priorités.

Ensuite, il aurait pu :
* Etudier les rentrées fiscales et les optimiser avec justice,
* Examiner les dépenses et les budgets et appliquer une politique de rigueur,
* Analyser les possibilités de remettre les gens au travail, dans tel ou tel secteurs d'activités,
* Prendre des mesures symboliques pour redonner confiance au Peuple, car il avait la confiance des béninois,
* Négocier avec les syndicats le minimum social pour les " gagne-petit " ;
* Aligner le salaire des fonctionnaires selon le développement réel du pays et sur ses capacités budgétaires.
* Développer les infrastructures.

Mais qu'a t-il fait ? Après avoir dénoncé la corruption, il s'est rempli les poches, il a augmenté des salaires, oui, ceux des ministres et des députés.

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4. LES BESOINS PRIORITAIRES DES PLUS PAUVRES

Vincent Fuchs : Au-delà de ce contexte politique assez dramatique, est-il possible d'envisager, pour l'Afrique Noire d'aujourd'hui des perspectives de développement et d'amélioration de la situation des plus pauvres ? avec quelles priorités ?


B. Adjou Moumouni : J'ai essayé de réfléchir à cette question de l'équité dans le souci des indigents.
J'ai essayé de trouvé une définition simple et opératoire pour nous remettre les idées en place. C'est à dire un concept dont il faut trouver les attributs et donner des valeurs.

L'indigent ? C'est quelqu'un qui a des besoins.
Besoin de quoi ? de se loger, se nourrir, se soigner. Aussi quelqu'un qui est indigent est quelqu'un qui n'est pas en mesure de se loger, se nourrir, se vêtir et se soigner. Ce qui devient des objectifs en politique. Il faut ensuite donner des valeurs à cette situation. Si l'on veut trouver qui est indigent, il faut regarder dans la rue. Ceux qui tendent la main et ceux qui lavent les voitures. Il faut les suivre et voir où ils habitent, comprendre leurs problèmes et pourquoi ils ne peuvent pas s'occuper de leurs enfants, pourquoi ils ne peuvent pas bien se soigner.

Nous sommes tombés dans un piège : raisonner au niveau macro-économique. Cela me semble une erreur.
Depuis la dévaluation (du franc CFA, de 50% : 100 F CFA = 1 Fr. contre 2 Fr avant 1996, NDLR), on présente une croissance économique de 6% et un meilleur équilibre budgétaire, mais en terme réel, nous sommes affamés, nous sommes en régression et dans une situation d'appauvrissement compte tenu de la démographie.

Si on regarde le plan social, tout ce qu'on nous dit est machiavélique. On a donné des chiffres et des statistiques pour tromper les pauvres, ceux qui sont dans le besoin, pour masquer la réalité.

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