
L'AFRIQUE NOIRE ET LE DEVELOPPEMENT
Interview du docteur Basile Adjou Mounouni.
Ancien Expert à l'OMS (médecin) et
professeur d'Université.
Elu (mais non institué) Président
de la République en mai 1968.
Une société sans état
L'Afrique et la politique
Le lien entre la politique et l'économie
Les besoins prioritaires des plus pauvres
Trois grandes priorités
Une nouvelle méthode d'enseignement
La société civile à l' origine
d'un véritable changement
3. LE LIEN ENTRE LA POLITIQUE
ET L'ECONOMIE
Vincent Fuchs
: Sur le plan économique, le Gouvernement
et le Bénin sont l'objet de Plans d'Ajustement
Structurel (P.A.S) du F.M.I. Si la situation budgétaire
semble s'améliorer, la situation sociale
apparaît catastrophique et votre pays s'appauvrit
?
B. Adjou Moumouni
: C'est une affaire complexe. Il y a en effet
les chasses gardées des entreprises françaises,
la Banque Mondiale et le F.M.I qui imposent leurs
conditions à nos pays.
D'un côté, il y a la " mondialisation
", dont la France est aujourd'hui le chantre,
et chez nous un appauvrissement général.
Seulement en France, en Allemagne, le patronat
est en mesure de développer son industrie
et d'être compétitif. Nous, nous
n'avons pas d'industrie, ni les moyens de nous
défendre. On s'endette et on s'appauvrit.
On nous a enlevé nos matières premières
(encore aujourd'hui) et nous continuons à
nous appauvrir.
Quelque
chose me déroute, c'est le lien entre la
politique et l'économie. Nous ne sommes
que des répétiteurs, on croit travailler
mais on ne gouverne pas. Aucun dirigeant ne se
sent capable de générer des idées
nouvelles qui nous permettraient, avec le peu
qu'il y a, de prendre une nouvelle route avec
le minimum de bien être.
Non.
Il y a une idéologie économique
libérale. Nos politiciens sont restés
des élèves. Ils ne peuvent aller
dans une direction avec certitude, car ils ne
maîtrisent pas les conséquences de
leurs actes. Quand Soglo est venu au pouvoir,
le peuple était par terre, or il était
économiste, il avait été
ministre et étudié les problèmes
de rentrées fiscales, de redistribution
et d'infrastructures pour mieux fonctionner. Et
il n'a rien fait.
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Vincent Fuchs : Selon vous,
qu'aurait-il pu faire ?
B.
Adjou Moumouni : Il aurait du dire : je
viens de prendre le pouvoir, c'est le chaos à
cause de KereKou (militaire, sous officier, venu
au pouvoir par un coup d'état en 1972 jusqu'à
une élection démocratique de 1991,
et réélu président en 1996,
qui a conduit pendant 20 ans une pseudo politique
marxiste-léniniste, NDLR). Nous sommes
en faillite, alors reprenons les choses et établissons
des priorités.
Ensuite,
il aurait pu :
* Etudier les rentrées fiscales et les
optimiser avec justice,
* Examiner les dépenses et les budgets
et appliquer une politique de rigueur,
* Analyser les possibilités de remettre
les gens au travail, dans tel ou tel secteurs
d'activités,
* Prendre des mesures symboliques pour redonner
confiance au Peuple, car il avait la confiance
des béninois,
* Négocier avec les syndicats le minimum
social pour les " gagne-petit " ;
* Aligner le salaire des fonctionnaires selon
le développement réel du pays et
sur ses capacités budgétaires.
* Développer les infrastructures.
Mais
qu'a t-il fait ? Après avoir dénoncé
la corruption, il s'est rempli les poches, il
a augmenté des salaires, oui, ceux des
ministres et des députés.
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4.
LES BESOINS PRIORITAIRES DES PLUS PAUVRES
Vincent Fuchs
: Au-delà de ce contexte politique assez
dramatique, est-il possible d'envisager, pour
l'Afrique Noire d'aujourd'hui des perspectives
de développement et d'amélioration
de la situation des plus pauvres ? avec quelles
priorités ?
B. Adjou Moumouni :
J'ai essayé de réfléchir
à cette question de l'équité
dans le souci des indigents.
J'ai essayé de trouvé une définition
simple et opératoire pour nous remettre
les idées en place. C'est à dire
un concept dont il faut trouver les attributs
et donner des valeurs.
L'indigent
? C'est quelqu'un qui a des besoins.
Besoin de quoi ? de se loger, se nourrir, se soigner.
Aussi quelqu'un qui est indigent est quelqu'un
qui n'est pas en mesure de se loger, se nourrir,
se vêtir et se soigner. Ce qui devient des
objectifs en politique. Il faut ensuite donner
des valeurs à cette situation. Si l'on
veut trouver qui est indigent, il faut regarder
dans la rue. Ceux qui tendent la main et ceux
qui lavent les voitures. Il faut les suivre et
voir où ils habitent, comprendre leurs
problèmes et pourquoi ils ne peuvent pas
s'occuper de leurs enfants, pourquoi ils ne peuvent
pas bien se soigner.
Nous
sommes tombés dans un piège : raisonner
au niveau macro-économique. Cela me semble
une erreur.
Depuis la dévaluation (du franc CFA, de
50% : 100 F CFA = 1 Fr. contre 2 Fr avant 1996,
NDLR), on présente une croissance économique
de 6% et un meilleur équilibre budgétaire,
mais en terme réel, nous sommes affamés,
nous sommes en régression et dans une situation
d'appauvrissement compte tenu de la démographie.
Si
on regarde le plan social, tout ce qu'on nous
dit est machiavélique. On a donné
des chiffres et des statistiques pour tromper
les pauvres, ceux qui sont dans le besoin, pour
masquer la réalité.
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