Mise à jour le : 30 Août 2010
    Accueil     Emplois-innovations
 
 
 
 
 

Nos partenaires
institutionnels 

  

     

 

   

 

Faire une recherche sur le web Ajoutez ce site à vos favoris!




L'AFRIQUE NOIRE ET LE DEVELOPPEMENT

Interview du docteur Basile Adjou Mounouni.
Ancien Expert à l'OMS (médecin) et professeur d'Université.
Elu (mais non institué) Président de la République en mai 1968.

Une société sans état
L'Afrique et la politique
Le lien entre la politique et l'économie
Les besoins prioritaires des plus pauvres
Trois grandes priorités
Une nouvelle méthode d'enseignement
La société civile à l' origine d'un véritable changement

1. UNE SOCIETE SANS ETAT

Vincent Fuchs : J'aimerai avoir votre analyse sur un problème de fond en Afrique Noire : le sentiment d'une société "sans état" où l'immobilisme et la corruption bloquent toute possibilité de développement au service des populations : écoles surpeuplées et chères, hôpitaux mal équipés et médicaments payants, infrastructures notoirement insuffisantes (routes, eau, électricité...). J'ai l'impression que la situation de "l'homme de la rue" se dégrade, que l'Africain de base s'appauvrit et que les responsables politiques sont impuissants.


B. Adjou Moumouni : Ce sont des questions complexes. Nous voulons en effet répondre à des constatations. Celles-ci peuvent se résumer à une sorte de démobilisation de l'africain vis à vis de la chose politique, de la gestion de l'état qui échappe à l'africain.

La chose publique, c'est quoi ? C'est l'idée que les gens se font de leur patrimoine : la terre de leurs ancêtres par exemple. Ils l'ont cultivée depuis longtemps. Aujourd'hui, pour ceux qui cultivent, savent-ils si la terre leur appartient ou leur a échappé ?

A l'indépendance, ils se sont retrouvés devant eux-même, devant ceux qu'ils ont élus. Qui à ce moment là aurait pu avoir des idées claires et qui aurait pu dire : voilà où nous allons aller ?

Ils ont fait autre chose.

Par exemple, les conflits Domaniaux ont été réglés selon des intérêts politiques.
Depuis que la France est partie (politiquement), les politiques traitent les affaires publiques par intérêts. Chacun se bat pour trouver celui qui va le mieux défendre ses propres intérêts. L'africain ne sait plus ce qu'il a entre ses mains et ne sait plus ce qu'il peut faire.

haut de la page

Vincent Fuchs : Qu'en est-il du lien avec la France et du problème des responsables politiques ?


B. Adjou Moumouni : La France a composé avec ceux qui furent élus ou qui ont pris le pouvoir, quand elle ne les a pas mis en place.
Si l'intervention n'est plus la même qu'il y a 30 ans, la France a toujours une responsabilité par exemple, Ahidjo ( ancien président de la république du Cameroun, NDLR) est parti parce qu'on l'a trompé en France sur sa maladie. P. Biya (actuel Président) est devenu un comploteur : ce sont des choses qui ne se font pas !

Ceci dit, les responsables politiques actuels (qui sont nés sous l'administration française) agissent sans ligne directrice. Après la première génération de responsables, des intellectuels (comme Soglo président du BENIN de 1991 à 1996, NDLR) ont pris la relève pour mieux gérer. Or leur comportement est ahurissant. Prenons l'exemple du premier ministre du Bénin. Nous avons une crise de l'électricité, ce qu'on appelle le délestage (du fait d'une sécheresse au Ghana dont un barrage et une centrale hydroélectrique alimentent le Togo et le Bénin), le courant était coupé (délestage) 15h/24, paralysant l'activité économique du pays. [Le Bénin est dépourvu de centrale thermique, NDLR.]

On se rend compte que les ministres formés en France (dont des ingénieurs) ne savent même pas comment la météo permet d'anticiper ce genre de problème.

La science doit servir à tous. Ces responsables formés, qui se sont mis à gérer le pays sont incapables de régler nos problèmes. A quoi s'occupent-ils donc ?

Autre exemple : on met plus de 2 heures pour aller à Ouidas (village à 50 kms de COTONOU (la capitale), NDLR). La route est impraticable. Il n'y a personne là encore pour réguler la situation. Pourtant, la circulation est essentielle pour l'économie d'un pays.

Ces deux exemples vous font prendre conscience des problèmes. Et je ne parle pas de la situation des hôpitaux et des écoles.

Que font ces ministres ? Quand il parle (le politicien) de "Mon Peuple", que fait-il pour le peuple ? Les gens aujourd'hui ne peuvent plus vivre en sécurité à COTONOU. Que font les ministres de la justice et de l'intérieur ?

Le vice et la corruption, oui...

Devant un tel comportement, qu'on met sur le compte des politiciens (homme de parti), je me dis que nous sommes des otages, car eux trouveront toujours à manger et des hommes pour les servir. Il n'y a pas de justice sociale.

haut de la page

2. L'AFRIQUE ET LA POLITIQUE

Vincent Fuchs : Quel est le sens de la politique pour vous ?


B. Adjou Moumouni : La politique, c'est l'engagement pour plus de justice. Mais ces gens là ne font pas de politique. Il n'y a pas eu de politique digne de ce nom depuis l'indépendance.
Des gens ont servi différents intérêts et ont gonflé leurs poches pour leur mieux-être et celui de leur famille et non pour celui du Peuple. La démission des politiciens a entraîné la démobilisation de la population.
C'est la situation du " sauve-qui-peut. "
Comment comprendre que le Nigeria, que la Grande Bretagne a laissé si riche, soit devenu si pauvre ? Cela écœure l'occident.

Pour en revenir au lien avec la France, il faut savoir que nos dirigeants sont 4 ou 5 fois par an à Paris. S'il y a des divisions dans notre pays, nous restons très liés avec le gouvernement français.


Vincent Fuchs : Qu'est ce qui a mal marché à l'indépendance ?


B. Adjou Moumouni : Nous pensions qu'entre la France et notre pays, le lien resterait. Mais elle nous a lâché sous le prétexte de l'indépendance. Et le manque de préparation a conduit , entre autres, à cette situation.

haut de la page

Vincent Fuchs : Avez-vous analysé la position de la France par rapport à la Nouvelle Calédonie ?


B. Adjou Moumouni : C'est exemplaire, un premier accord en 1988, un second en 1998 pour 20 ans ! Mais FOCARD n'est pas ROCARD !

Je vous invite à la lecture d'un livre fort intéressant "Cinq hommes et la France". (Bourguiba, Sekoutoure, Ochimin, Senghor et Mohamed V).Nous avons eu en effet de bons hommes politiques en Afrique, comme Senghor et Bourguiba.
Bourguiba par exemple, qui avait fondé le parti Destourien. Il a d'abord lutté contre la France, il a sympathisé avec l'Allemagne avec l'idée qu'il travaillait pour son camp. Lorsqu'il a démontré qu'il n'était pas traître à la France et qu'il défendait la TUNISIE, il a pu signer un accord exemplaire avec Mendes France, alors président du conseil en 1954.
Nous avons eu des hommes politiques nationalistes et éclairés , mais aussi des présidents "sergents chefs ".

Or, il faut du temps pour faire un bon dirigeant. En Afrique, n'importe qui n'était pas roi. (on a d'ailleurs décapité le roi du BENIN). Il fallait 30 ans pour le former.
Hassan II avait été formé par Mohamed V pour conduire une royauté dure mais éclairée. Il faut en France 30 ans pour faire un président. Nous n'avons pas encore de classe politique digne de ce nom, et la France n'avait pas préparé la formation politique des élites avant la décolonisation (elle a même fait assassiné plusieurs opposants qui furent de grandes figures politiques comme BEN BARKA au Maroc et Ruben UM NIOBE en 1957 au Cameroun.

Pour ce qui est de la situation actuelle, moi qui chantais la France je ne la chante plus.
J'ai fait mes études de médecine en France, mes enfants y ont étudié : J'aimais vraiment ce pays. Mais quelle humiliation j'ai subi pour prendre un visa !
On ne peut plus se faire soigner en France, ou même y étudier. Que les français ne s'étonnent pas de la réaction actuelle des pays francophones. Les secrétaires des consulats nous montrent qu'on est moins que rien, que d'insolence ! Aujourd'hui, nos étudiants vont aux U.S.A ou au Canada.

La porte d'entrée vers la France est fermée, notamment depuis la période de Charles PASQUA (ministre de l'intérieur français, 1986-88 et 1993-95 NDLR). Bien sur qu'il faut contrôler les flux migratoires, mais au moins de façon courtoise, élégante et discrète. Mais qui empêchent-ils de rentrer par cette politique de visa ? Vous voyez ce mur dans mon jardin (un mur de 1, 20 mètres de haut) beaucoup d'invités me disent qu'il n'est pas assez haut. Je leur réponds toujours : il ne sert qu'aux honnêtes gens, les bandits passeront toujours ! Et bien pour la France aussi, vous ne pouvez empêcher de rentrer dans votre pays que les honnêtes gens qui veulent bien demander un visa !

haut de la page




 
Portail de l'insertion
Journal en ligne
Paroles d'experts
Les décideurs s'expriment
Tribune
30 sites utiles
Plan du site
Votre avis
Crédits
Nous contacter
  

Nos partenaires
institutionnels